Pourquoi peut-on dire que toutes les femmes sont victimes de violences ?

Toutes les femmes, sans exception aucune, sont victimes de violences. Et ce même si vous n’avez jamais été agressée verbalement, sexuellement, ou physiquement. Dans cet article je vais vous expliquer pourquoi.

La violence que l’on subit toutes dans un premier temps, c’est l’insécurité indissociable liée au fait d’être identifiée comme femme ou fille dans la société, aussi bien en privé qu’en public. La première violence qu’on nous impose c’est la peur. Petite déjà on nous apprend que l’on est en danger permanent parce que l’on est réduites au statut d’objets sexuels qui nous expose au risque d’agressions violentes.

Nos parents nous mettent en garde dès le plus jeune âge contre les agresseurs. On nous dit de faire attention à tous nos comportements. Ces mises en garde et restrictions peuvent entraîner des traumatismes. Vivre dans la peur ce n’est pas vivre. Nos mouvements, l’apparence que l’on choisit en public sont soumis au jugement de toute la société. On ne doit pas être trop prude ou trop provocante et si l’on atteint pas cet équilibre on sait que les violences vont nous tomber dessus. Cette pression est une forme de violence. Et l’on sait toutes que, quelle que soit notre apparence, on sera jugées. On nous impose un modèle impossible à atteindre. Et du coup on s’inflige nous même des violences pour nous conformer à la demande : régime, epilation, se couvrir tout le corps, se forcer à se maquiller etc.

Même si personne ne nous agresse, nous vivons avec une pression et des codes imposées par la peur de subir des violences. Quand on frappe une autre femme que soi, nous sommes « touchées » et « prévenues » on vit en dictature du patriarcat. Chaque victime de viol, est un rappel à nous femmes, que nous ne sommes pas libres. Que nous sommes toutes membres d’un groupe qui est exposé au risque de viol en permanence.

La notion de risque est très importante ici. On dit des femmes qu’elles ont des comportements « à risques » qui ne sont pas considérés comme étant « à risque » pour les hommes. C’est une culpabilisation violente qui pèse sur nous. Sortir seule le soir, s’endormir bourrée sur le canapé d’un ami, rencontrer une personne sur un site de rencontres, consommer de l’alcool, montrer son corps en public… C’est pour nous les femmes des comportements à risque, alors que pour les hommes ce n’est pas le cas. Moi-même j’ai commis l’erreur de m’endormir dans un canapé, bourrée, et vous pouvez imaginer la suite… Un psychiatre que j’ai vu en consultation m’a dit d’emblée « mais quand même dormir chez un homme, c’est lui envoyer un signe, non? ».

Pour se mettre en sécurité, on doit se mettre en couple avec un homme ou sortir avec un homme tout le temps alors que nous n’en avons pas envie. Dans ce cas-là on ne nous agresse pas, mais c’est juste parce que nous sommes considérées comme la propriété de quelqu’un, et c’est très violent.

La violence aussi c’est ce statut de personne « fragile » qu’on nous impose si on ne réduit pas nos risques en nous considérant nous-mêmes comme fragiles, on risque d’être agressé verbalement, violée ou battue. De plus on vit dans un système vicieux où la fragilité est considérée comme faisant partie de la féminité. Si tu n’es pas fragile, tu n’es pas femme. On nous pousse à être fragile pour séduire les hommes et ça nous mets toutes en danger. Sortir de ce statut est interdit.

Notre droit à la parole est aussi en menace constante de violences. Harcèlement sur les réseaux si tu parles trop, menaces si tu veux pas la boucler. On vit toutes ça sans exception, alors que la parole publique des hommes ne comporte pas de risques de violences. Moi-même quand j’ouvre mes notifications Twitter, je sais que je risque de lire un commentaire de haine, du type menace de mort ou de viol et je dois protéger mon identité on est toutes contraintes à le faire sous la menace et c’est une violence qu’on subit toutes.

On vit toutes avec les risques de violences liés aux risques de la précarité. Notre indépendance est très difficile d’accès pour toutes et c’est aussi une violence.

Nous sommes invisibles dans l’histoire, nous sommes sans passé. Et cette injustice nous pousse à croire que nous sommes sans avenir, réduites à des rôles choisis par les hommes pour nous. C’est une violence.

On nous divise avec des stéréotypes qui font que l’on a peur même des autres femmes. Dans la culture populaire la solidarité féminine n’existe pas, il y a un mythe de concurrence permanente. Du coup on s’isole et on risque plus de subir des violences.

Savoir que l’on peut être victime de violences, parce qu’on est femme, nous rend toutes victimes. Nous sommes toutes victimes de violences car aucune d’entre nous, même les femmes antiféministes, n’échappe à la peur rationnelle de subir des violences.

Toute cette insecurité très violente, subit par toutes sans exception, nous empêche d’avoir accès à une émancipation totale. On doit revendiquer le droit à la sécurité pour toutes sans exception aucune.

Il faut non seulement mettre fin à toutes les formes de violences faites contre les femmes, mais aussi à la situation violente d’insécurité imposée à toutes les femmes sans distinction.

Et enfin toutes ces violences que j’ai énoncé ne concernent pas que les femmes. Mais toutes les personnes qui ne sont pas des hommes cisgenres et hétérosexuels. La sécurité est un privilège masculin.

Je terminerai donc là-dessus, nous sommes tout.e.s concernées par le combat contre les violences faites aux femmes dès la naissance, et donc nous devons tout.e.s nous battre pour abolir toutes les formes de violences.

Merci à tout.e.s les tipeureuses qui me soutiennent.

Un commentaire sur “Pourquoi peut-on dire que toutes les femmes sont victimes de violences ?

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :