Julie Otsuka : L’immigration racontée par les femmes

Dans son livre Certaines n’avaient jamais vu la mer, sorti en 2012, Julie Otsuka raconte l’histoire de jeunes filles japonaises, envoyées aux États-Unis par bateau, pour épouser des hommes qu’elles n’ont vu qu’en photo. Beaucoup de mauvaises surprises attendent certaines d’entre elles avec ces mariages arrangés à distance. Leurs époux ne sont pas pas aussi beaux, riches et jeunes qu’ils le devraient. L’autrice parvient à donner à ces femmes une voix commune et à exprimer en même temps la variété des leurs expériences.

Dans ce livre, elle raconte les efforts d’intégration effectués par ces femmes et leur familles, qui risquent de tout perdre alors que la guerre éclate entre le Japon et les États-Unis. Voici un extrait où l’autrice raconte une partie des efforts que font ces femmes pour gommer leurs racines japonaises :

« Chaque soir au crépuscule, nous brûlions nos affaires : de vieux relevés bancaires et journaux intimes, l’autel bouddhiste de la famille, des baguettes en bois, des lanternes de papier, des photographies de nos parents, l’air sérieux, au village, avec leurs étranges vêtements de paysans. J’ai regardé le visage de mon frère se transformer en cendres et monter au ciel. Nous avons mis le feu à nos kimonos de mariage en soie blanche, au-dehors, dans notre verger, parmi les sillons entre les pommiers. Nous avons versé de l’essence sur nos poupées de cérémonie dans des poubelles de métal au fond des ruelles du quartier japonais. Nous nous sommes débarrassées de tout ce qui pouvait suggérer que nos maris entretenaient des liens avec l’ennemi. »

Malheureusement, aucun effort n’est assez bon pour gommer leurs origines, portées même sur leur visage. Tout commence par des arrestations de Japonais·es résident·e·s aux États-Unis. Et, dès 1941, tou·te·s les immigré·e·s d’origine japonaise ont été appelé·e·s à rejoindre des camps d’internement. Après l’attaque de Pearl Harbor, le gouvernement américain a décidé que tou·te·s les ressortissant·e·s japonais·es sur leur sol représentaient une menace. Iels ont donc tou·te·s été, sans distinction, envoyé·e·s dans des camps.

L’histoire de ces femmes résonne avec l’actualité de celles issues de l’immigration en Europe. La peur du terrorisme crée une pression très forte sur la communauté musulmane. Et le corps des femmes musulmanes est au cœur des débats politiques. L’interdiction du voile avec pour but d’obtenir leur assimilation parfaite à la culture française est le symptôme d’une peur irrationnelle basée sur le physique d’immigré·e·s qui ont pourtant depuis longtemps obtenu la nationalité française. Qu’allons-nous faire de nos propres « indésirables » ? Les enfermer en dehors de nos frontières ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :