Pourquoi je ne ferai plus jamais confiance à la police ?

Avertissement: Mention de viol, violences, harcèlement sexuel, menaces, agression sexuelle, automutilation.

J’ai été victime de viols et d’agressions sexuelles par le passé. Mais je n’ai jamais eu le « bon réflexe », ou le courage d’appeler la police immédiatement. Plus tard, j’ai déposé plainte contre mon violeur et décidé de ne plus être une victime silencieuse. De demander réparation, que ma souffrance soit enfin reconnue. J’ai commencé une thérapie et tout essayé pour réclamer mon corps.

Un soir j’ai voulu réclamer ma liberté de mouvement dans les rues le soir. Récemment, avec ma copine, j’ai été attaquée dans la rue par un groupe d’hommes. Ma dépression et mon stress post-traumatique étaient en rémission. C’était d’ailleurs la première fois depuis des mois que je sortais le soir, sans peur. Une peur qui est revenue pour me frapper avec encore de plus de violence.

Ce soir là, dans la rue, ma copine et moi avons été victimes de tentative d’agression sexuelle, violences en réunion, harcèlement sexuel en réunion, pression grave pour obtenir des actes de nature sexuelles, et menaces de viol. « Je vais t’exploser la tête par terre et te violer tu vas voir ». Pas de blessures physiques apparentes grâce à des réflexes de self-defense et le fait que les agresseurs soient soûls et moi sobre. Juste des douleurs aux poignets (a force de les repousser violement).  Je n’ai pas hésité à appeler la police, ce qui a mis les agresseurs en fuite. Mon amie et moi avons identifié les agresseurs retrouvés quelques rues plus loin. Les agresseurs alignés dans la rue prennent la pose, se moquent ouvertement de nous et ne prennent pas la chose au sérieux. À ce moment-là, la police me demande si je souhaite déposer plainte. Je réponds que oui.

Et là, à ma grande surprise, les policiers en service appellent l’OPJ (Officier de police judiciaire) pendant que nous sommes dans la voiture de police. Et la policière me dit « On prendra une main courante si vous voulez madame, mais c’est pas du pénal, on va les laisser partir, y’a rien pour déposer plainte par rapport à ce que vous avez subi ». Sidérée j’insiste longtemps, je ré-explique les faits encore et encore, j’explose en larmes dans la voiture de police, criant « Alors comme ça je peux courir dans la rue menacer tout le monde de viol et vous pouvez pas m’arrêter ? » La policière hausse les sourcils, me méprise, me dit qu’elle ne fait pas la loi.

Son attitude a été extrêmement méprisante et insensible pendant que je m’exprimais. Mon état de choc s’aggrave alors très fortement, je tremble de la tête aux pieds, je pleure. La policière excédée, me demande  : « Bon alors vous voulez déposer votre main courante maintenant ou demain ? » Je réponds demain car je suis complètement choquée et perdue. La police nous ramène à notre domicile, sans même nous demander si nous avons besoin d’une aide médicale malgré mes symptômes de choc très visibles. Une policière plus jeune assise dans la voiture me dit « Vous savez moi aussi je suis étonnée, je pensais pas que c’était pas illégal les menaces de viol ».

Le lendemain, j’appelle le CFCV (Collectif Féministe contre le viol) et leur raconte les faits dans les détails ; on m’explique alors que la police est en tort et que ma plainte doit être prise. On me conseille de prendre rendez-vous pour être prise au sérieux. Ce que je fais. Au téléphone, je suis reçue d’une voix intimidante par une personne qui me crie dessus en disant « Oh hé non madame je vous refuse pas votre plainte, dites pas ça d’accord ». Le rendez-vous est fixé pour 15 jours plus tard. Entre temps je consulte un avocat qui m’a offert son aide gratuite, et qui me donne tous les textes de lois à citer pour faire recevoir ma plainte. Pendant ces 15 jours, j’ai dormi 3 heures par nuit malgré un traitement lourd ; angoissée, je ne sors plus de chez moi, je suis dans un état grave.

Le jour du dépôt de plainte arrive enfin, je dis au policier que j’ai consulté un avocat : « Je vous arrête tout de suite madame, les avocats disent n’importe quoi, racontez moi ce qui s’est passé et on décidera de la qualification ». Le ton monte donc déjà alors que je viens de passer la porte du box une canne à la main, car mon état mental est si lourd que j’ai du mal à me déplacer. C’est donc le début de 4 heures de calvaire pour me faire entendre. J’insiste pour que toutes les qualifications que j’ai cité plus haut soient prises. Le policier se lève et me dit sur le ton de la menace « vous voulez que j’aille chercher l’OPJ ? » car l’OPJ refuse de prendre toutes les qualifications. Je lui lis les articles du code pénal, ne me laisse pas impressionner. Il sort et revient en haussant les sourcils d’un air méprisant et excédé me dit « vous savez madame ça ne servira à rien, mais puisque c’est comme ça, on prendra tout ce que vous voulez ».  Pendant ces 4 heures, il me répète que ma plainte est inutile. Pendant ces 4 heures épuisantes, j’ai dû beaucoup insister pour faire rentrer tous les détails et les circonstances aggravantes, car les agresseurs ont aussi eu des propos homophobes (mon amie et moi avions pretexté être un couple lesbien pour avoir la paix) . Le policier m’a aussi dit la prochaine fois, ne dites pas que vous êtes lesbiennes, ça les excite encore plus. J’ai expliqué au policier que j’avais déjà été victime de viol deux ans avant, ce qui l’a rendu moins agressif sur la fin. Il m’a demandé si je souhaitais aller aux UMJ (Urgences Medico judiciaire) et j’ai dit oui.

Pendant cet entretien, beaucoup de ses propos m’ont choquée, notamment « vous savez madame dans ce quartier-là, ça arrive tout le temps, ces mecs-là c’est des animaux, ils sont frustrés parce qu’ils ont pas pécho » ; « nous on peut rien faire ». Limite à l’entendre c’est une fatalité que je dois accepter. Le policier se plaint, sa charge de travail est déjà trop lourde pour s’occuper de ce type de problèmes. L’usage du mot « animaux » me mets d’autant plus mal à l’aise car les individus sont typés.

Désespérée, abattue par le fait que la police ait rendu ces démarches si pénibles, le soir même après avoir déposé ma plainte, je fais une tentative de suicide. Alcool, cocktail de médicaments. Plus de 60 scarifications au cutter sur tout le corps qui m’ont valu quelques sutures aux urgences le lendemain et j’ai dû nettoyer tout le sang dans l’appartement. Mon traitement est alors alourdi par la psychiatre des urgences..

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J’ai vu le médecin des UMJ qui était très choqué et très énervé contre le policier qui aurait du faire une réquisition pour évaluer le retentissement psychologique de l’agression. Et qui m’a soutenu et promis de réclamer que j’ai cet examen pour évaluer mon préjudice. J’ai dû me présenter de nouveau à la police pour obtenir la réquisition. Le standard des UMJ est quasiment injoignable, j’ai passé des heures à appeler sur plusieurs jours avant d’obtenir le rendez-vous.

Ma détresse psychologique à atteint un point où j’ai dû passer quelques jours aux urgences psychiatriques, pour me mettre en sécurité. N’importe quel objet coupant chez moi devient un risque. Je dois prendre un traitement 3 fois par jour pour chasser les idées noires, et je dors à peine malgré le traitement. Ma mémoire et ma concentration déraille, la masse de médicaments dont j’ai besoin pour tenir est impressionnante.

Si je vous raconte mon histoire parce qu’il faut briser le silence. Il faut que ça sorte. Mes agresseurs sont responsables mais la police a fortement aggravé mon état. Je suis une forte tête, j’ai insisté, mais j’ai une pensée pour toutes ces femmes qui ont dû laisser tomber dès qu’on leur a dit que ce qu’elles avaient subi n’était pas du pénal et qu’on ne leur a proposé qu’une main courante. On ne peut pas accepter un comportement pareil de la part de celleux qui sont censé·e·s nous soutenir et nous protéger. On se sent alors encore plus abandonné·e, faible, seul·e face à la « fatalité » du sexisme et on commet l’irréparable. Je ne me laisserai pas mourir et mon traitement devrait empêcher de nouvelles mutilations. Mais les urgentistes m’ont déjà prévenue« Désolée madame mais vous allez garder les cicatrices ! ». Et peut-être que j’en avais besoin de ces 60 marques, pour montrer la douleur extrême intérieure qu’on refusait de voir de l’extérieur.

La fatalité d’être identifiée comme une femme, c’est que je dois constamment me rappeler à la dure réalité que c’est moi qui dois changer mon attitude pour me protéger.

 

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Credit image: Tove Lo – Moments

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