Un viol ou des viols ?

Pour beaucoup de survivant·e·s, leur mésaventures ne se limitent malheureusement pas à un seul événement. Mais iels subissent également l’expérience de non pas un mais plusieurs viols ou agressions sexuelles, de la part d’agresseurs bien distincts. Des traumatismes subis parfois avec plusieurs années d’écart ou sur une courte durée. Certain·e·s sont donc tenté·e·s de dire à ces survivant·e·s de traumas multiples qu’iels n’ont pas eu de “chance”. Mais la chance n’a en fait rien à voir là-dedans.

Une fois un premier traumatisme nié et intériorisé, d’autres peuvent suivre. Les survivant·e·s de viols ont tendance à adopter des “conduites à risque” qui vont les mettre à la merci de plusieurs agresseurs. Les prédateurs sont parfaitement capables de repérer les conduites d’évitement, d’hypervigilance et les symptômes dissociatifs des victimes. Il faut rappeler que le viol est avant tout une affaire de domination et non pas de désir sexuel, les prédateurs se tourneront toujours donc vers celleux qui sont des proies faciles. Enfin, les victimes de viols souffrent souvent d’une certaine anesthésie émotionnelle qui ne leur permet pas de repérer les situations anormales ou dangereuses. Tant que la victime vit dans le déni de ce qu’elle a subit et banalise ce qui lui est arrivé auparavant, pourquoi vouloir se mettre en sécurité ?

Ce qu’on appelle les “conduites à risque” pourraient faire bondir certain·e·s. Je tiens donc à préciser qu’une victime n’est jamais responsable des violences sexuelles qu’iel subit quelque soit son comportement. Malheureusement, notre société reste encore très dangereuse, en particulier pour les femmes. Car si certains comportements ne sont pas considérés comme risqués pour des hommes, ils le sont pour les femmes.

Une sexualité qui peut devenir très active :

Par exemple et contrairement à ce qu’on pourrait penser, un·e survivant·e de viol peut parfois enchaîner les partenaires pour se réapproprier sa sexualité, ou acquérir un sentiment de contrôle sur son corps en choisissant des partenaires multiples. Mais bien entendu, plus de rencontres c’est encore plus de risques. On se trouve un plan cul, puis deux, puis trois. Et un soir le troisième refuse d’entendre qu’on est fatigué·e après une soirée trop arrosée.

Mises en danger répétées :

La première mise en danger qui concerne toutes les femmes, ou les personnes identifiées comme femmes, est celle de sortir seule, en particulier la nuit dans des vêtements peu couvrants. Choisir une tenue “provocante” c’est choisir le danger. C’est profondément irritant et n’importe qui devrait pouvoir courir nu·e dans la rue sans être inquiété, mais la réalité est toute autre dans notre société sexiste qui fait des femmes des objets sexuels qui ne se mettraient en valeur que pour attirer les regards masculins. Une victime dans le déni recherche une chose par-dessus tout : montrer qu’elle peut reprendre le contrôle sur sa vie et sur son corps. Elle risque donc d’exposer son corps et de chercher à attirer les regards pour se prouver à elle-même qu’elle ne craint pas les conséquences de ce comportement. Le risque de mauvaises rencontres est aggravé quand elles sont motivées uniquement par les attributs physiques. Les hommes et personnes identifiées comme homme bénéficient d’un avantage flagrant ici, ce comportement les exposant à très peu de risques.

L’abus d’alcool et autres substances :

La consommation d’alcool en grande quantité pour surpasser son anxiété sociale dans un groupe est aussi très fréquente chez les survivant·e·s, ce qui là encore va les exposer à un risque plus important d’être de nouveau violé·e ou agressé·e sexuellement. L’usage du tabac, la consommation de drogues, dans des circonstances dangereuses, est souvent la conséquence d’un traumatisme. Il est important de comprendre que les personnes ayant subi des violences sexuelles ont de plus gros risques de devenir dépendant·e·s à l’alcool ou à d’autres substances. Sous l’effet de produits variées, on n’est pas capable de repérer une situation dangereuse. On peut avoir tendance à faire confiance à n’importe qui, même une connaissance qui vous invite à dormir sur son canapé dont on ne soupçonne pas les intentions.

Dépression et dépendance affective :

Un·e survivant·e bloqué·e dans une phase de déni risque de développer facilement une dépendance affective. Ce qui ne sera pas forcément dangereux si la personne et bienveillante. Mais malheureusement beaucoup de victimes vont avoir tendance à se “punir” en s’engageant dans une relation toxique et abusive. Mais pourquoi les victimes cherchent-iels la compagnie de personnes dominantes et agressives ? La réponse est simple : iels se sentent protégé·e·s par ces personnes “fortes” jusqu’au jour où cette relation vire au cauchemar.

En bref :

Si votre chemin croise celui d’une personne qui a subi un nombre d’agressions qui vous paraît peu probable, cela ne doit surtout pas remettre en question sa crédibilité. La violence que l’on subit ne nous quitte pas. Cette violence va soit se manifester par un comportement agressif envers les autres, ou un comportement agressif envers soi-même. Une personne qui refuse d’être violente envers les autres ou d’extérioriser sa violence de façon saine (par la thérapie par exemple) va se retourner contre elle-même en se faisant du mal. Se mettre en danger devient donc un comportement logique. La fragilité psychologique des victimes, repérable par les agresseurs, les exposent à un danger de subir… encore…

 

 

Crédit image : Tove Lo – Habits

 

 

 

Merci à mes tipeurs et soutiens : amiideus, Petiteminipizza, Meedoc, Toto, Veyed, Ines, Desthat, Oriane Ka, Camille Ferrara, Audrey, Clothilde et Mathieu.

Si cet article vous a apporté quelque chose n’hésitez pas à vous rendre sur mon tipeee.

3 commentaires sur “Un viol ou des viols ?

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    1. Voici un article ou vous pourrez trouver le lien vers l’étude qui explique pourquoi les victimes de viols ont plus de chance d’être violé·e·s à nouveau. https://www.girlsglobe.org/2015/08/04/the-repetition-compulsion-why-rape-victims-are-more-likely-to-be-assaulted-again/

      Et si vous souhaitez plus d’information sur les conduites à risque des victimes de traumatismes sexuels:
      https://www.memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/conduites-a-risque.html

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  1. Je viens de lire ton article, qui est extrêmement pertinent et traite d’un sujet auquel je ne connaissais rien. Je trouve ça extrêmement clair, bien formulé, et glaçant à la fois.
    Merci de ton travail, synthétique, clair, et bienveillant pour les survivant.e.s !

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