Qu’est-ce que le phallocentrisme ?

Le phallocentrisme par définition se concentre ou accentue le point de vue masculin. C’est l’idée de privilégier la masculinité dans l’usage du langage, de l’écriture ou des modes de pensées.

Cette définition cependant ne couvre pas le rôle joué de ce mot dans les systèmes d’oppression et de domination qui contrôlent les femmes et en font des êtres inférieurs.

Le phallocentrisme désigne essentiellement, comment le corps féminin est construit culturellement en opposition à l’homme. C’est la façon dont le système patriarcal de représentation soumet les femmes à des modèles définis par et pour les hommes. La mère, la fille, la vierge, la putain, la mégère, la salope, la bimbo etc.

Le phallocentrisme de nos jours se rapporte à la façon dont chaque aspect de la nature féminine est encore comparé relativement aux hommes. Une femme n’est pas vue comme étant aussi forte qu’un homme, parce que l’homme est celui qui définit la force, créant des systèmes sociaux institutionnalisés basés sur cette définition.

L’idée de la force par exemple se retrouve en opposition avec la sensibilité. On ne peut être fort.e et pleurer ou montrer ses émotions. Ce comportement chez les femmes est vu comme la preuve de leur faiblesse, preuve définie d’un point de vue « masculin », et le signe chez l’homme qu’il n’est pas un « vrai homme ». Il n’est pas assez fort, toujours selon une définition phallocentrée de la force, pour rentrer dans cette noble catégorie de l’Homme.

Si vous en doutez, feuilletez un magazine sportif ou regardez une chaîne sportive, et comparez le nombre de sports “masculins” sponsorisés en comparaison au nombre de sports “féminins”. L’argument phare pour défendre cette inégalité, est que les femmes ne sont juste pas assez rapides, pas assez fortes, comparées aux hommes. Les mots clefs à souligner ici “comparées aux hommes”. Des qualités jugées masculines peuvent être attribuées à des femmes mais quand on parle d’un homme, ces qualités sont implicites. On va parler d’une « femme indépendante », mais rarement d’un « homme indépendant ».

La langue française, de part sa grammaire, est phallocentrique. Le masculin l’emporte sur le féminin à chaque fois que l’on parle d’un groupe. On parle aussi également de l’homme pour désigner la nation et son histoire en général; droits de l’homme, évolution de l’homme, musée de l’homme etc. Et dans nos récits historiques on parle des hommes qui se sont battus pour leurs idées. Les femmes sont toujours absentes dans notre histoire.

On continue à dire des femmes qu’elles sont folles, superficielles, stupides, parce qu’elles ne sont pas des hommes, le comportement « masculin » étant le comportement de référence. Le comportement le plus noble, le plus raisonné et le mieux accepté.

Et cela s’applique aussi bien aux femmes cis qu’aux femmes trans. Bien que si l’on interprète le phallocentrisme de façon littérale, ces femmes aux organes sexuels « masculins » ne devraient pas souffrir du phallocentrisme. C’est peut-être aussi également pourquoi le terme est moins utilisé de nos jours. Nous sommes en mesure de comprendre (enfin certain.e.s d’entre nous) que le genre est une construction sociale, et que les discriminations à l’égard des femmes, portent plus sur leur expression de genre que sur leurs organes génitaux.

Luce Iragaray a beaucoup travaillé sur le concept du phallocentrisme. Elle explique dans son livre “Ce sexe qui n’en est pas un” que le féminin est toujours décrit en termes de déficience ou d’atrophie. Biologiquement elle explique que le phallocentrisme est la croyance selon laquelle le corps féminin est construit comme un corps auquel il manquerait des organes masculins. Une femme en somme c’est un homme raté. L’expression « garçon manqué » représente très bien cette idée. Comme si les corps des personnes assigné.e.s femmes étaient simplement des corps d’hommes déformés. Est-ce que nos menstruations ne seraient pas après tout le symbole même de ce manque ? Un organe arraché, une plaie béante qui saigne à intervalles réguliers ?

Les femmes peuvent être les opposées de l’homme, des copies de l’homme, ou complémentaires aux hommes. Comme par exemple être considérées comme leurs “moitié”. Mais le phallocentrisme rend impossible pour les femmes d’exister comme des êtres à part entière. Iragaray aimerait pousser les mouvements féministes à prendre conscience du phallocentrisme en remettant en cause les relations de pouvoir qui permettent aux hommes de changer ou de modifier le statut des femmes. Pour elles quand les féministes réclament seulement un changement dans la distribution du pouvoir, elles se soumettent à un ordre phallocrate. Il revient donc à toutes les femmes cis ou trans d’imaginer une nouvelle forme de pouvoir, une nouvelle conception du pouvoir, qui soit plus égalitaire pour tous et toutes. 

Il est important de se soucier encore du phallocentrisme aujourd’hui. En tant que femmes, nous devons être en mesure d’exister et d’inventer notre propre identité. Il faut aussi se garder de perpétuer le phallocentrisme. Comme le font parfois certain.e.s.

On va parfois dire qu’il faut protéger les femmes, car ces femmes sont des mères, des soeurs, des épouses, des filles. Il faudrait les protéger en raison de leur relation avec les hommes. Parce qu’elles sont la propriété d’autres hommes, et personne ne veut partager ses jouets… Bien que ce discours soit souvent très bienveillant à l’égard des femmes, et tenu parfois par des femmes, il reste paternaliste et phallocentré. Il nous enferme dans une catégorie et un rôle que nous n’avons pas définis.

 

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